La jalousie des fleurs

En Corée, la période de transition entre l’hiver, rude pour les Hommes et la nature, et le printemps, qui chaque année marque la renaissance du vivant est appelée « La jalousie des fleurs ». En effet, le vent, envieux des somptueux atours dont se parent les cerisiers, leur dispute leur belle robe colorée. Les cerisiers, en ces derniers instants de froid, peinent à faire éclore les bourgeons des fleurs qui orneront ensuite les champs aux reflets roses. Les fleurs jalousent à leur tour les caresses incessantes de l’air sur celui qu’elles ont élu. De la violence du vent de l’hiver et des caprices du printemps est né dans le langage un hymne à la beauté de la nature.
Le gris d’une ville sous les nuages n’est pas moins harmonieux qu’une rose au soleil, pour peu qu’on prenne le temps de le contempler en face. C’est là, je crois, toute la poésie de la vie : la magie du vivant est partout autour de nous. Une bribe de rien suffit à la révéler.
La beauté se trouve souvent là où l’on ne l’attend pas : herbes séchées, paysages transis par le froid et les intempéries, instants fugaces, fragiles et presque imperceptibles. Se mettre en retrait. S’oublier et s’appartenir. Juste un moment.